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Rapport sur les pratiques de divulgation en matière de diversité – Secteur des produits forestiers et du papier

Le 11 novembre 2019

Chaque secteur d’entreprises canadien possède son lot d’histoires au sujet des femmes pionnières qui ont fait tomber les barrières, surmonté l’adversité et percé le plafond de verre pour réaliser de grandes « premières ». Pour ce qui est de l’état de la diversité, dans le secteur des produits forestiers ou du papier où les femmes, jusqu’en 2017, ne constituaient que 17 % de la main-d’œuvre totale, il est instructif de constater que ces histoires sont racontées aujourd’hui par des femmes qui en sont encore en début ou en milieu de carrière.

Considérons, par exemple, Shannon Janzen, vice-présidente et chef forestière à Western Forest Products. Maintenant, au début de sa quarantaine, Janzen est devenue la première femme chef forestière dans une grande société forestière lorsqu’elle a été nommée à ce poste en 2013. Kate Lindsay, vice-présidente, Durabilité à l’Association des produits forestiers du Canada (AFPC) a connu, quant à elle, une trajectoire plus classique. Lorsqu’elle a commencé sa carrière en foresterie en Colombie-Britannique dans un camp de bûcherons il y a 14 ans, Lindsay était alors la première femme à travailler dans ce camp. Et il y a encore Tanya Wick, qui est devenue en 2014 vice-présidente du personnel et des services à Tolko Industries, une société de produits forestiers privée ayant son siège social en Colombie-Britannique. Tanya Wick a déclaré que lorsqu’elle participe à certains événements, certaines personnes supposent encore « que je suis la femme de quelqu’un de l’industrie, plutôt que je travaille moi-même dans l’industrie ».

À tout le moins, il est incontestable que les défenseurs d’une plus grande diversité dans le secteur des produits forestiers et du papier croient que le défi réside dans l’encouragement des femmes à saisir les occasions dans ce secteur et à les appuyer lorsqu’elles le font.

Les initiatives à l’échelle du secteur visant à promouvoir l’équité entre les genres et la pluralité des genres viennent tout juste d’être mises sur pied. En novembre 2018, l’Institut forestier du Canada (IFC), une association nationale de spécialistes forestiers, en partenariat avec le gouvernement fédéral, a lancé un projet de plan d’action national de promotion de l’équité des genres dans le secteur forestier. Ce projet de trois ans a pour objectif que le plan d’action s’achève au début de l’année 2021. Peu après, l’APFC a lancé une campagne « Une place pour toi » pour encourager les femmes à choisir une carrière dans le secteur.

Mais il est encore plus encourageant de constater que les obstacles semblent se lever, du moins au niveau de la haute direction et des administrateurs du secteur. Il y a seulement deux ans, par exemple, l’industrie des produits forestiers et du papier se classait au dernier rang du groupe de sociétés inscrites à la cote de la TSX pour ce qui est du pourcentage total d’administratrices. Aujourd’hui, elle se classe dans la moitié supérieure. Du côté de la haute direction, le pourcentage est même plus élevé.

Les plus récentes données sur la diversité

Selon le rapport intitulé Pratiques de divulgation en matière de diversité 2019, au 31 juillet 2019, les femmes occupaient 20 % des sièges au conseil d’administration dans les sociétés inscrites à la cote de la TSX du secteur des produits forestiers et du papier. Non seulement il s’agit d’une forte augmentation par rapport à 2015 et 2016, alors que les femmes n’occupaient respectivement que 6 % et 5 % des sièges au conseil d’administration, mais ce pourcentage dépasse la moyenne de 17 % des sociétés inscrites à la cote de la TSX au milieu de 2019 (645 sociétés ayant fait une divulgation). Le nombre moyen de femmes par conseil d’administration du secteur a connu une hausse semblable, atteignant 1,54 au milieu de 2019 comparativement à 0,44 en 2015. Malgré cette hausse, leur nombre dans les sociétés composant l’indice S&P/TSX 60 était encore plus impressionnant. Les femmes occupaient en moyenne 29 % des postes d’administratrices au milieu de l’année 2019 (53 sociétés ayant fait une divulgation), tandis que le nombre moyen d’administratrices par conseil dans ces sociétés était de 3,34.

Répartition du nombre et du pourcentage de femmes siégeant au conseil d’administration en 2019

La situation des femmes dans les postes de haute direction est également solide. À partir du milieu de l’année 2019, 23 % des postes de haute direction dans les sociétés inscrites à la cote de la TSX de l’industrie des produits forestiers et du papier étaient occupés par les femmes, juste derrière le secteur de l’immobilier. Par société, la moyenne était de 3,31. Au fil du temps, les hausses ont été moins spectaculaires en pourcentages, mais beaucoup plus élevées par société. En 2015, le rapport d’Osler a établi un pourcentage comparable (22 %), mais un pourcentage plus faible par société de seulement 1,43. Leur nombre dans les sociétés composant l’indice S&P/TSX 60, en comparaison, était légèrement inférieur : les femmes occupaient en moyenne 19 % des postes de haute direction (50 sociétés ayant fait une divulgation) et le nombre moyen de femmes membres de la haute direction par conseil était de 3,15 (48 sociétés ayant fait une divulgation).

Répartition du nombre et du pourcentage de femmes à la haute direction en 2019

Les données compilées par le Conseil canadien pour la diversité administrative, qui sont fondées uniquement sur les sociétés du FP500, ont révélé que le pourcentage d’administratrices était de 16,4 % en 2018. C’est bien au-dessous de la moyenne globale de 24,5 % en 2018 affichée par les sociétés du FP500, mais en hausse en comparaison des 10,4 % enregistrés en 2015 (remarque : les données sectorielles du Conseil canadien pour la diversité administrative combinent la foresterie avec l’agriculture, la pêche et la chasse). Selon le Conseil canadien pour la diversité administrative, le décompte de femmes dans les postes de haute direction montre qu’elles occupaient 14,8 % de ces postes en 2018, comparativement à 11,9 % en 2016, première année où le Conseil canadien pour la diversité administrative a commencé à compiler des données sur la haute direction.

Pratiques exemplaires et leaders du secteur

Parmi les sociétés canadiennes de ce secteur, Western Forest Products, la société qui a pris une longueur d’avance en nommant Shannon Janzen comme chef forestière en 2013, arrive aujourd’hui en tête. La société n’a établi aucune politique ou aucun objectif écrit en matière de diversité; cependant, avec Janzen, deux autres femmes occupent des postes de haute direction ou de dirigeantes pour une part de 30 %, alors que trois des huit administrateurs de la société sont également des femmes.

La haute direction de Canfor a signé un engagement en matière de leadership envers la diversité en 2016; selon cet engagement, les cadres supérieurs sont chargés de faire avancer la diversité, en fournissant les outils aux employés pour créer une culture inclusive et assurer le suivi des progrès en rendant compte des principaux critères de diversité. En 2017, elle a remanié ses programmes de leadership, y compris ceux destinés à sa haute direction, en ajoutant des modules sur la diversité. Pour autant, il n’y a encore que deux femmes dans son conseil d’administration composé de 11 membres.

Dans son énoncé de pratiques en matière de gouvernance d’entreprise, Acadian Timber a adopté une politique sur la diversité qui comprend des objectifs visant à ce que les femmes occupent au moins 20 % des sièges du conseil d’administration et 20 % des postes de cadres supérieurs d’ici 2021. À cette époque, l’une des deux occupant un poste de haute direction (50 %) était une femme. Depuis, la société a déjà respecté l’engagement du conseil d’administration en nommant deux femmes sur sept membres. En septembre, après que le principal actionnaire Brookfield Asset Management a cédé sa participation dans la société, le président sortant et chef de la direction a démissionné et a été remplacé sur une base intérimaire par l’ancienne directrice financière, Erika Reilly.

Comparaison mondiale

Cette tendance sectorielle de la sous-représentation des femmes dans les produits forestiers et les pâtes et papiers, qui prévaut toujours au Canada, est tout aussi courante parmi les sociétés américaines, nordiques et autres sociétés internationales de produits forestiers et de papier. Il serait intéressant de surveiller si les hausses récentes dans les postes de cadre supérieur, ici au Canada, respectent ou dépassent les tendances de l’industrie à l’étranger.

Au moment du lancement des travaux de l’IFC concernant le plan d’action national, la directrice générale, Dana Collins, deuxième femme seulement à diriger l’IFC en 110 ans d’histoire, a déclaré qu’elle était optimiste que cela apporterait un « changement culturel nécessaire ». D’après les résultats, nous constatons en lisant le rapport Pratiques de divulgation en matière de diversité 2019 d’Osler, qu’il se peut que cette évolution soit déjà en cours.