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Rapport sur les pratiques de divulgation en matière de diversité – Secteur des technologies propres

20 février 2020

Si un bouleversement suppose, par définition, un changement, on pourrait s’attendre à ce qu’un secteur comme les technologies propres, qui constitue à la base une solution de rechange déstabilisante aux sociétés traditionnelles, soit aussi évolué concernant des questions telles que la diversité de genre. C’est le cas au moins en partie. Comparé aux secteurs énergétiques conventionnels, celui des technologies propres compte nettement plus de femmes siégeant à des conseils d’administration et il affiche une proportion légèrement supérieure de femmes occupant des postes de cadres dirigeantes.

Cependant, la comparaison du secteur des technologies propres à l’ensemble des sociétés inscrites à la cote de la TSX faite dans le rapport Pratiques de divulgation en matière de diversité 2019 offre un tableau différent. Selon le rapport, alors que ce secteur se classe encore près de la tête pour les femmes administratrices (il affiche le troisième meilleur pourcentage et le quatrième nombre par société le plus élevé), il figure presque en dernière place en ce qui a trait aux cadres dirigeantes (il obtient le pire pourcentage, ex æquo avec un autre secteur, et le troisième plus faible nombre par société).

Ce manque de femmes dans les hautes directions était au centre des préoccupations des dirigeants du Centre de la découverte MaRS à Toronto l’an dernier quand ils ont créé le Défi des femmes en tech propres, un concours d’idées et de propositions commerciales de femmes innovatrices visant à répondre aux inquiétudes en matière énergétique et environnementale dans le monde. À la section de la foire aux questions du site Web du Défi, dans leur réponse à la question « Les hommes peuvent-ils déposer une candidature pour ce Défi? » les organisateurs affirment que « dans le domaine de la technologie propre, [...] les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes comme fondateurs et directeurs. Bien que les femmes aient un important rôle à jouer dans l’économie de l’écoinnovation, la recherche montre qu’elles ont plus de difficulté à mobiliser des capitaux, manquent de réseaux de soutien adéquats de mentors et font face à plusieurs autres obstacles auxquels les hommes ne sont pas habituellement confrontés. »

Du déjà vu

Un rapport de recherche produit en 2017 par Ressources humaines, industrie électrique du Canada, en vue de trouver des solutions permettant d’accroître la contribution des femmes aux technologies propres, évoque certains de ces autres obstacles bien connus. Il mentionne notamment :

  • la difficulté pour les femmes de suivre un cheminement de carrière précis étant donné leur connaissance insuffisante des possibilités dans le secteur;
  • le nombre limité de modèles d’identification visibles dans ce secteur;
  • les perceptions liées à la culture du milieu de travail prévalant dans une industrie dominée traditionnellement par les hommes;
  • les obligations familiales et l’absence de culture et de politiques en matière de ressources humaines favorables à la famille.

Les liens étroits qui (du fait de participations dans les capitaux propres, du passage de dirigeants d’une société à une autre et ainsi de suite) unissent certaines des sociétés spécialistes des technologies propres aux acteurs énergétiques établis, dont bon nombre doivent relever des défis de la diversité au sein de leur effectif, n’aident probablement pas non plus.

Les plus récentes données sur la diversité

Selon le Rapport sur les pratiques de divulgation en matière de diversité 2019 d’Osler, le pourcentage de femmes siégeant au conseil d’administration des sociétés spécialisées dans les technologies propres inscrites à la cote du TSX s’élevait à 23 % au milieu de l’année 2019. Ce chiffre dépasse de beaucoup le pourcentage de 13 % réalisé dans le secteur du pétrole et du gaz (et excède aussi la proportion atteinte dans le secteur des technologies, également de 13 %). Il est également bien supérieur à la moyenne générale de 17 % établie pour les sociétés inscrites à la cote du TSX (selon les données divulguées par 645 sociétés), mais reste quand même en deçà de la moyenne de 29 % calculée pour les conseils d’administration des sociétés de l’indice S&P/TSX 60. Concernant le nombre de femmes par conseil, au milieu de 2019, il atteignait 1,77 dans le secteur des technologies propres, contre 1,02 dans le secteur du pétrole et du gaz et 1,00 dans celui des technologies.

Répartition du nombre et du pourcentage de femmes siégeant au conseil d’administration en 2019

Le pourcentage de cadres dirigeantes dans le secteur des technologies propres s’élevait à 12 % au milieu de 2019 (leur nombre par société atteignait 1,17), chiffre légèrement inférieur aux pourcentages évalués pour le secteur du pétrole et du gaz et le secteur des technologies, respectivement de 14 % et 13 %. Tous ces pourcentages se situent en deçà des moyennes calculées pour les sociétés inscrites à la cote de la TSX (selon les données divulguées par 588 sociétés) et les sociétés de l’indice S&P/TSX 60, soit 17 % pour les premières et 19 % pour les secondes.

Répartition du nombre et du pourcentage de femmes à la haute direction en 2019

Évolution des tendances depuis 2015

Ce qui saute aux yeux lorsque l’on examine les résultats des sondages d’Osler depuis 2015 est l’importante amélioration de la représentation des femmes dans les conseils d’administration des sociétés du secteur des technologies propres. En 2015, les femmes ne représentaient que 10 % des administrateurs et leur nombre moyen par conseil était de 0,85. C’est donc dire que, en quatre ans, le pourcentage de femmes au sein des conseils des sociétés en question a plus que doublé.

La tendance concernant les cadres dirigeantes ne montre, par contre, aucune évolution. Le pourcentage de femmes occupant des postes de haute direction au milieu de 2019, à savoir 12 %, demeure inchangé depuis 2015.

Nombre de cadres dirigeantes dans le secteur des technologies propres

Pratiques exemplaires et leaders du secteur

Étant donné les taux d’amélioration différents entre les conseils d’administration et les hautes directions dans le secteur des technologies propres, les exemples de pratiques exemplaires sont plus nombreux pour les premiers.

Innergex énergie renouvelable est représentative de la récente progression observée. Ce producteur d’énergie renouvelable en rapide croissance établi au Québec, qui possède et exploite des centrales hydroélectriques, des parcs éoliens et des parcs solaires, a pour la première fois adopté une politique de diversité au sein de son conseil d’administration en 2015. Cette politique exige que les femmes représentent désormais au moins 50 % des derniers candidats possibles en lice pour des postes d’administrateur. Le conseil d’administration actuel de neuf membres de la société comprend trois femmes, qui ont toutes un curriculum vitae impressionnant. Elles ont commencé à y siéger respectivement en 2015, en 2017 et en 2019.

Algonquin Power & Utilities, société de production d’énergie et de services publics réglementée exerçant ses activités dans toute l’Amérique du Nord, a également adopté une politique de diversité officielle en 2017 (révisée en 2018) visant son conseil d’administration et sa haute direction. Bien que cette politique ne s’accompagne d’aucun objectif précis, la société applique en la matière des mesures conformes aux pratiques exemplaires afin d’appuyer l’évolution de la diversité de genre. Ces mesures comprennent les suivantes :

  • exiger des recruteurs externes qu’ils fournissent des listes restreintes de candidats qui soient diversifiées sur le plan du genre pour tous les postes de haute direction à pourvoir;
  • s’assurer que la question de la diversité de genre pèse d’un grand poids dans la planification de la relève des cadres dirigeants;
  • suivre les changements relatifs à la diversité de genre au niveau de l’entreprise et des unités opérationnelles et en rendre compte annuellement au comité des ressources humaines et de la rémunération du conseil d’administration.

Les femmes comptent trois représentantes parmi les neuf membres actuels du conseil d’Algonquin et deux parmi ses neuf cadres dirigeants, et à la fin mai, elles occupaient 27 % des postes de direction de cette société.

Comparaison mondiale

Les données provenant d’autres pays indiquent – tant sur le plan microéconomique que macroéconomique – des tendances et des obstacles semblables pour les femmes dans l’industrie des technologies propres. À Londres, par exemple, une étude de la London Sustainable Development Commission’s Women in Cleantech working group a recensé un éventail d’obstacles personnels et institutionnels à la parité hommes-femmes dans ce secteur ayant de nombreuses similitudes avec ceux signalés par le Centre de la découverte MaRS à Toronto. D’autre part, selon un rapport daté de 2019 de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, les femmes ne constituent que 32 % de la main-d’œuvre du secteur des énergies renouvelables dans le monde. Bien que ce chiffre dépasse le taux de représentation des femmes dans les secteurs énergétiques traditionnels, le même rapport fait remarquer que la plupart des femmes dans le secteur des énergies renouvelables remplissent des fonctions administratives et non des fonctions techniques spécialisées, qui constituent un meilleur tremplin pour l’avancement professionnel.

Afin de mieux s’attaquer aux défis du secteur à l’échelle mondiale, le Groupe ministériel sur l’énergie propre, partenariat regroupant de grands représentants des principales économies dans le monde (23 pays en plus de la Commission européenne), a lancé en 2018 la campagne « Parité d’ici 30 ». Ses signataires s’engagent à travailler en faveur de l’équité salariale, de la parité au sein des échelons supérieurs et de l’égalité des chances pour les femmes dans le secteur des énergies propres d’ici 2030 et à rendre compte des progrès qu’ils auront réalisés. Au début de 2019, neuf pays, dont le Canada, et plus de 80 sociétés s’étaient joints à cette campagne. Les sociétés ouvertes canadiennes signataires de la campagne comprennent Emera Incorporated, Ontario Power Generation Inc., Corporation Pétroles Parkland et Innergex énergie renouvelable inc., qui a déjà prouvé son engagement puisqu’elle compte trois femmes au sein de son conseil d’administration de neuf membres et deux femmes parmi ses 11 cadres dirigeants.