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Rapport sur les pratiques de divulgation en matière de diversité – Secteur du pétrole et du gaz

Le 9 janvier 2020

Les réserves sont le nerf de la guerre pour les sociétés du secteur du pétrole et du gaz. Ainsi, lorsque le World Petroleum Council (WPC) a récemment publié, en partenariat avec le Boston Consulting Group (BCG), un rapport en faveur de la parité hommes-femmes intitulé Untapped reserves (Réserves inexploitées, en anglais seulement), le message était clair : les sociétés du secteur du pétrole et du gaz qui perpétuent la culture de sous-représentation des femmes pour laquelle cette industrie est reconnue s’empêchent de profiter pleinement d’un bassin de talents considérable et essentiel.

Au Canada jusqu’à maintenant, les mesures visant à remédier à cette situation proviennent essentiellement des grandes entreprises comme Suncor Énergie inc. Toutefois, les politiques adoptées récemment par des entreprises comme PrairieSky Royalty Ltd. portent à croire que ces initiatives commencent à se multiplier. De fait, au début de 2019, la société PrairieSky qui a été créée il y a cinq ans et dont la main-d’œuvre est composée à 75 % de femmes a adopté une politique sur la diversité du conseil d’administration qui prévoit une cible « idéale » d’après laquelle les femmes formeront au moins 25 % de son conseil d’administration d’ici 2022. Puis, quelques mois plus tard, une deuxième femme s’est jointe à son conseil d’administration de sept membres, lui permettant d’atteindre son objectif plus tôt que prévu.

Calfrac Well Services Ltd., une société de services pétroliers de premier plan dans le secteur (qui se trouve à Calgary, à l’instar de PrairieSky et de Suncor) a les mêmes visées. De fait, elle a retenu les services d’un cabinet de recrutement indépendant pour sélectionner ses administrateurs et lui a demandé d’intégrer la mixité aux critères d’évaluation des candidats. À l’heure actuelle cependant, le conseil d’administration de sept membres de la société est uniquement composé d’hommes. À l’exception de certaines entreprises données, on pourrait affirmer que cette situation vient appuyer un point clé du rapport conjoint du WPC et du BCG Untapped reserves (Réserves inexploitées, en anglais seulement), d’après lequel le bassin de recrutement de candidates chevronnées devient limité lorsque les femmes sont longtemps sous-représentées au sein d’un secteur. Or, corriger un tel déséquilibre prend du temps.

Obstacles au changement

L’écart de représentation entre les hommes et les femmes dans le secteur du pétrole et du gaz n’est pas limité aux conseils d’administration ou aux postes de haute direction. À l’échelle globale des entreprises, les femmes représentent actuellement à peine 22 % de la main-d’œuvre dans le secteur du pétrole et du gaz au Canada (pourcentage qui n’a que très peu changé en plus de 10 ans), selon un rapport de PetroLMI publié en 2018 (une division de l’association de l’industrie sans but lucratif Energy Safety Canada). Toujours d’après le même rapport, ce pourcentage se chiffrait à 21 % en 2006.

Il ne s’agit toutefois pas d’un enjeu uniquement propre au Canada. De fait, l’étude du WPC et du BCG a analysé toutes les grandes économies et n’a trouvé aucun écart statistique important entre ces dernières, ce qui, d’après elle, est le fait d’une culture de l’industrie qui « s’étend à l’échelle mondiale et qui est suffisamment forte pour contrecarrer l’influence des courants régionaux. »

Au-delà de la question des nombres, la faible représentation des femmes au sein de différents postes est également un important facteur défavorable à l’avancement professionnel. À titre d’exemple, PetroLMI est arrivé à conclusion qu’aujourd’hui encore les femmes sont majoritairement embauchées en tant qu’employées de bureau (55 %). Le rapport conjoint du WPC et du BCG fait écho à ce constat en soulignant la rareté des femmes qui occupent des postes techniques et sur le terrain, lesquels sont des tremplins essentiels à l’obtention d’une promotion.

Le rapport du WPC et du BCG énumère aussi d’autres obstacles qui, selon les femmes, expliquent pourquoi elles sont si rares à faire le saut vers des postes de direction. Parmi celles qui ont été le plus souvent nommées, mentionnons la méconnaissance des occasions, l’absence de parrainage ou d’encadrement de la part des hauts dirigeants ainsi que l’iniquité des évaluations et des promotions.

Au Canada, d’autres obstacles pourraient freiner l’augmentation de la représentation des femmes au sein des conseils d’administration. Selon le dernier rapport du Conseil canadien pour la diversité administrative, parmi les sociétés du pétrole et du gaz composant le FP500, seulement 28,9 % ont adopté des cibles de mixité relativement au nombre d’administratrices, pourcentage qui est inférieur aux autres secteurs.

Dernières données et tendances en matière de diversité

D’après le rapport d’Osler sur les pratiques en matière de divulgation des sociétés inscrites à la cote de la TSX, Pratiques de divulgation en matière de diversité 2019, la proportion de femmes occupant des postes d’administratrices dans le secteur du pétrole et du gaz s’élevait à 13 % (résultats au milieu de l’année 2019). Ce pourcentage se chiffre à 17 % pour l’ensemble des sociétés inscrites à la cote de la TSX (d’après les 645 entreprises qui ont fait une divulgation), à 30 % pour le secteur qui arrive en première place (soit les services publics et les pipelines) et à 29,4 % pour les sociétés du S&P/TSX 60 (d’après les 53 sociétés ayant fait une divulgation). Par conseil d’administration, le nombre d’administratrices était de 1,44 pour l’ensemble des sociétés inscrites à la TSX au milieu de 2019 (d’après les 657 sociétés qui ont fait une divulgation), alors qu’il se chiffrait à 1,02 dans le secteur du pétrole et du gaz.

Répartition du nombre et du pourcentage de femmes siégeant au conseil d’administration en 2019

Une analyse de la haute direction démontre que le pourcentage de femmes gestionnaires dans le secteur du pétrole et du gaz au milieu de l’année 2019 était de 14 %, comparativement à 17 % pour l’ensemble des sociétés inscrites à la cote de la TSX (d’après les 588 sociétés qui ont fait une divulgation), à 26,3 % pour le secteur en tête de file (l’immobilier) et à 18,6 % pour les sociétés du S&P/TSX 60 (d’après les 50 entreprises ont fait une divulgation). La moyenne des femmes occupant un poste de haute direction par société dans le secteur était de 0,98.

Répartition du nombre et du pourcentage de femmes à la haute direction en 2019

Même si elles sont inférieures à la moyenne, les données sont positives à certains égards. En 2015, soit la première année où Osler a compilé ces renseignements, les femmes occupaient à peine 6 % des sièges des conseils d’administration dans le secteur du pétrole et du gaz et la moyenne des femmes par conseil d’administration était de 0,54. Depuis, même s’il est parti d’un niveau extrêmement bas, ce pourcentage a plus que doublé (et se chiffre désormais à 13 %). Cette donnée est de loin supérieure à la progression globale moyenne des sociétés inscrites à la cote de la TSX, d’environ 12 % à 18,2 %, au cours de la même période. Au chapitre de la représentation des femmes à la haute direction, les gains sont plus modestes, affichant une hausse de seulement cinq points de pourcentage au milieu de 2019, par rapport à leur niveau de 9 % atteint en 2015. En comparaison avec les autres secteurs cependant, cette augmentation est beaucoup plus importante. En 2015, par exemple, le secteur du pétrole et du gaz affichait le plus faible pourcentage de femmes à la haute direction parmi les 11 secteurs. En 2019, il arrive à égalité avec le secteur minier et devance trois autres industries. En revanche, il est toujours au dernier rang en ce qui a trait au nombre de femmes occupant des postes de haute direction par société.

Nombre d’administratrices dans le secteur du pétrole et du gaz

Nombre de femmes à la haute direction dans le secteur du pétrole et du gaz

Nous observons des tendances similaires, mais des nombres absolus légèrement plus élevés, si l’on tient compte uniquement des sociétés du secteur des mines, du pétrole et du gaz composant le FP500, selon les données compilées par le Conseil canadien pour la diversité administrative. Ces renseignements révèlent que le pourcentage de sièges occupés par des femmes au sein des conseils d’administration de sociétés dans les secteurs des mines, du pétrole et du gaz se chiffrait à 23,1 % en 2018, alors qu’il était de 16,1 % en 2015. Le pourcentage de femmes à la haute direction des sociétés de ces secteurs s’élevait à 13,2 % en 2018, comparativement à 11,6 % en 2015.

Pratiques exemplaires et leaders du secteur

Comme nous l’avons mentionné, Suncor est un chef de file reconnu en matière de diversité dans le secteur du pétrole et du gaz au Canada. Son conseil d’administration de neuf membres compte trois femmes et les hauts dirigeants de tous ses secteurs d’activité siègent à son Conseil sur l’inclusion et la diversité. Parmi les domaines d’intervention prioritaires de Suncor, mentionnons la formation sur les préjugés inconscients, la promotion délibérée d’une culture du changement au moyen de politiques visant l’élimination des barrières systémiques, lesquelles comprennent le langage discriminatoire dans les communications internes et externes et l’amélioration continue des processus de recrutement afin d’élargir la portée de la recherche de candidats. Sa pratique de divulgation de la diversité prévoit également la présentation d’information sur son engagement en matière de perfectionnement de la main-d’œuvre autochtone.

Le rapport du WPC et du BCG dresse une liste générale des meilleures pratiques d’après les répondants. Le plus important pour les femmes en milieu de carrière était d’avoir les mêmes possibilités de carrière que les hommes. De même, elles ont également recommandé d’appliquer les politiques de conciliation travail-famille à tous les employés, hommes et femmes. Du côté de la haute direction, les répondants ont insisté sur l’importance de mesurer et d’évaluer les progrès des femmes et d’élargir le spectre des domaines professionnels servant au recrutement des hauts dirigeants. Les répondants estiment que l’application rigoureuse de ces pratiques permettrait à la proportion de femmes au sein de l’industrie de passer de 22 % (en 2017) à 35 % en 2022.

Si l’on se fie aux données passées, un pourcentage de 35 % d’ici 2022 est peut-être exagérément optimiste. Cependant, comme en attestent les exemples de PrairieSky et de Calfrac, nous sommes sur la bonne voie. De fait, la société d’Halifax Corridor Resources Inc., qui compte un conseil d’administration exclusivement masculin de six membres, est ouverte plus que jamais à la diversité. Ainsi, dans sa circulaire d’information de 2019 publiée au printemps dernier, la société a indiqué que son conseil d’administration avait pris la décision de ne pas remplacer son septième membre lorsqu’il a annoncé l’an dernier son intention de ne pas se représenter aux élections. Au lieu de cela, Corridor Resources Inc. a mentionné qu’elle profiterait de la retraite de son ancien administrateur pour examiner la composition et la taille de son conseil d’administration dans le but de favoriser la diversité (dont la représentation des femmes).