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Les magasins sont fermés : c'est le temps de magasiner vos prochaines fusions et acquisitions

Auteur(s) : Niko Veilleux

Le 3 avril 2020

Pour de plus amples renseignements sur les modifications ci-dessous, veuillez communiquer avec Niko Veilleux ou avec un membre de notre groupe de fusions et acquisitions ou groupe de gouvernance d'entreprise.

Considérant que la situation au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde ressemble actuellement au scénario d’un film dystopique avec des populations en confinement, des rues désertes, des frontières closes, des avions cloués au sol et des files d'attente devant les épiceries, il semblerait prématuré de planifier la croissance de manière générale, et particulièrement une croissance par fusions et acquisitions.

Au contraire. Selon une enquête récente menée auprès de plus de 2 900 hauts dirigeants dans le monde, plus de la moitié (56 %) feraient le choix d’une transformation par la conclusion d'accords et planifieraient une acquisition au cours des 12 prochains mois.[1]

Les équipes de direction, les conseils d'administration et les investisseurs doivent envisager la crise de la COVID-19 autant à long qu’à court terme; répondre à l’urgence immédiate, se préparer à la prochaine étape et planifier au-delà de celle-ci.

Naturellement, les dirigeants se concentrent à traverser les répercussions immédiates que cette pandémie mondiale a sur la liquidité, les chaînes d'approvisionnement, les revenus et la rentabilité. Il n'existe pas de mode d’emploi pour cette situation. Les équipes de direction reconfigurent et réajustent leurs réponses en temps réel au fil de l’évolution des événements.

Les répercussions de cette crise doivent également être envisagées à plus long terme et il n'est jamais trop tôt pour que les hauts dirigeants travaillent à assurer une croissance continue des parts de marché, des revenus et des marges de rentabilité.

Paysage actuel des fusions et acquisitions

Nous avons déjà constaté un ralentissement tangible de l'activité dans le secteur des fusions et acquisitions. L'incertitude est un facteur contextuel clé qui affecte la prise de décision des sociétés sur de nombreux types d'opérations, notamment les fusions et acquisitions. Lorsque vous n'avez pas un portrait clair d’où va le monde, il est très difficile de prendre une décision réfléchie.

Plusieurs de nos clients stratégiques et financiers s’intéressent à acheter des entreprises, sachant que certaines d’entre elles ne réussiront pas à traverser cette crise. Cependant, ils restent conservateurs car ils ne savent pas si cette situation aura une durée de six semaines, six mois ou une année.

Opportunités

Alors que les inquiétudes concernant le ralentissement de l'économie se sont matérialisées de façon dramatique au cours des trois dernières semaines, les sociétés ouvertes, les sociétés de capital-investissement et d'autres acquéreurs potentiels envisagent des ajustements aux stratégies d'investissement et à la répartition des actifs. À l’horizon 2020, le montant et la diversité des capitaux disponibles pour les investissements des entreprises, y compris les acquisitions, semblent être sans précédent : trésorerie d'entreprise disponible, fonds propres de capitaux privés, émission d'obligations, et capacité d'emprunt, surtout considérant les taux historiquement bas au Canada, aux États-Unis et dans d'autres grandes économies. Les entreprises qui peuvent tirer parti de ce capital et conclure des accords au début d'une récession pourraient voir de meilleurs taux de rendements dans leur industrie.

En effet, les données montrent que le ralentissement suivant la crise financière mondiale de 2008-2010 a été l'occasion de prendre des mesures stratégiques de transformations audacieuses, y compris des acquisitions d'actifs de haute qualité, ayant alimenté une croissance plus rapide pendant la reprise.

De plus, une analyse des données de Capital IQ par PwC, démontre que les investisseurs opportunistes en période de ralentissement peuvent en bénéficier. Lors de la récession du fiasco dot-com en 2001, le rendement des actionnaires des sociétés qui ont fait des acquisitions a dépassé celui de leurs industries respectives au cours des mois suivants, atteignant jusqu’à 7%, un an après l'annonce de la transaction.[2]

Mais pour que cette croissance se réalise, ces entreprises doivent être préparées. En plus d’un capital suffisant, elles doivent être prêtes, autant psychologiquement qu’opérationnellement, à agir sur les opportunités d'achat à mesure que les évaluations des entreprises ciblées diminuent, notamment en prenant des décisions opportunes sur la base d'informations incomplètes ou incertaines.

Dans le cadre de leur planification immédiate, les entreprises devront réfléchir soigneusement aux principaux aspects de la documentation des transactions garantissant la négociation de protections appropriées, afin de tenir compte de la répartition du risque accru pendant une période de turbulences économiques. Entre autres, les dispositions relatives à des cas de force majeure et aux incidences matérielles défavorables (material adverse effect - MAE) devraient être examinées très attentivement et négociées de façon réfléchie compte tenu de la crise actuelle et de la possible « deuxième vague » envisagée par les experts de la santé.

En temps normal, les clauses MAE, y compris les exceptions négociées à la définition des MAE, sont complexes et peuvent être d'une grande importance.  En cette période de volatilité et d'incertitude, elles devraient donc être particulièrement ciblées. Les parties impliquées dans d’importantes ententes de fusion signées depuis que cette pandémie est devenue une urgence sanitaire mondiale, comme l'entente régissant l'acquisition de Willis Towers Watson plc par Aon plc pour 30 milliards de dollars ou celle régissant l'entente de Morgan Stanley pour E * Trade Financial Corp., ont adressé les risques liés à la COVID-19 dans les exclusions aux clauses MAE. Les parties ont eu tendance à préciser que tout effet négatif de la pandémie sur l'une ou les deux sociétés ne constituera pas un MAE à moins que l'entreprise ne soit impactée de manière disproportionnée. Bien sûr, chaque accord est différent et dépend des particularités de la situation. Cependant, ces exemples récents d’ententes majeures fournissent une bonne indication de ce que nous pouvons nous attendre à voir dans celles à venir.

En outre, il serait prudent pour les acheteurs lors de transactions de fusions et acquisitions, d'envisager d'insérer des déclarations et des garanties spécifiques à la COVID-19 dans leurs ententes d'achat. Celles-ci permettant d’en savoir plus sur les expositions de l'entreprise ciblée et sur les garanties de protection mises en place ainsi que sur tout impact opérationnel et financier. Une partie impliquée qui accepte de fournir des représentations, des garanties et des indemnités doit porter une attention particulière à leur rédaction, afin de bien comprendre l'impact que la pandémie actuelle peut avoir sur l’entreprise.

Dans les transactions de fusions et acquisitions au Canada et aux États-Unis, l'assurance de représentation et de garantie (representation and warranty insurance - RWI) est un outil populaire pour les acheteurs afin de contrer certains des risques associés aux éventuelles fausses déclarations et garanties du vendeur. Les acheteurs peuvent s'attendre à ce que les assureurs souhaitent confirmer que les parties impliquées aient pris en compte les effets de la pandémie sur tous les aspects de la transaction, et proposeront éventuellement une certaine forme d'exclusion de la couverture d'assurance en relation avec la pandémie. Si les assureurs RWI excluent ces types de risques, la répartition de ceux-ci se fera entre l'acheteur et le vendeur via les déclarations et garanties et les indemnités associées devient encore plus critique.  Pour de plus amples renseignements sur l'incidence de la pandémie sur l'assurance de représentation et de garantie, lisez notre dernière mise à jour.

Conclusion

Bien sûr, personne ne peut prédire l’avenir avec précision - et cela est particulièrement vrai à un moment où une grande partie du monde est mise sur pause en raison de la pire crise de santé publique depuis des générations. Cependant, nous savons que le passé est souvent garant de l’avenir. L'histoire a démontré que les entreprises qui avaient conclu des ententes lors de ralentissements et de récessions antérieurs s'en sortaient souvent mieux sur le long terme que leurs homologues plus timides. Alors que le monde apprend à vivre avec la crise de la Covid-19, les dirigeants doivent non seulement relever les défis extraordinaires immédiats, mais aussi planifier la prochaine phase et prévoir celle au-delà.

 

[1] EY, Global Capital Confidence Barometer survey, mars 2020 (ey.com/ccb).

[2] PWC, Succeeding through M&A in uncertain economic times, p.7.

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